Enjeux pour l'outre-mer

•   Des richesses naturelles exceptionnelles


Les collectivités françaises d'outre-mer, présentes dans les trois grands océans du monde et dans 5 des 34 points chauds de la biodiversité mondiale, abritent des richesses naturelles exceptionnelles. Elles hébergent par exemple plus d'espèces de plantes vasculaires et de vertébrés endémiques que n'en compte toute l'Europe continentale et les taux d'endémisme constatés pour certains groupes d'espèces y sont parmi les plus élevés au monde.

La France et les collectivités d'outre-mer portent donc une responsabilité de premier plan pour la préservation de la diversité biologique de la Planète.
 

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Plus d'informations sur la page du programme outre-mer du Comité français de l'UICN
 







•   L'outre-mer particulièrement exposé aux invasions biologiques


Les collectivités françaises d'outre-mer sont parmi les régions du monde les plus concernées par la crise de la biodiversité. Selon les estimations de la Liste rouge de l’UICN, la France figure avec ses collectivités d’outre-mer parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales mondialement menacées. Parmi les principales causes de l’érosion de la biodiversité, les espèces exotiques envahissantes sont reconnues comme un facteur majeur.
 
 
 
Ci-dessus : nombre total d'espèces terrestres considérées comme menacées (en rouge) et nombre d'espèces terrestres menacées pour lesquelles les espèces exotiques envahissantes sont citées comme une menace (en bleu) dans différentes collectivités françaises d'outre-mer (d'après IUCN Red List of Threatened Species, V 2013.1).
 
 
De par leur caractère principalement insulaire, les collectivités françaises d’outre-mer sont très vulnérables aux introductions d’espèces. Un long isolement évolutif, une faible superficie, de forts taux d’endémisme et un déséquilibre taxonomique et fonctionnel (absence de certains groupes biologiques) constituent les principaux facteurs responsables de cette vulnérabilité aux introductions d’espèces. Dans ces îles, l’isolement géographique a souvent entraîné le développement d’écosystèmes uniques dont la flore et la faune ont évolué en l’absence de grands prédateurs ou d’herbivores terrestres. Ces espèces animales et végétales indigènes n’ont pas développé de moyens de lutte pour résister aux herbivores comme les cervidés, les chèvres ou les moutons, à des prédateurs comme les rats, les chats ou les chiens, et à des plantes plus compétitives venant des continents.

Toutes les collectivités d'outre-mer sont menacées par des espèces exotiques envahissantes.
Tous les milieux sont concernés y compris le milieu marin comme en témoigne l'invasion de la mer des Caraïbes par le poisson-lion ou l'arrivée du tunicier envahissant Ciona intestinalis à Saint-Pierre et Miquelon.

Un grand nombre de plantes et d'animaux exotiques envahissants ont d'ores et déjà entraîné la régression ou l'extinction d'espèces indigènes ou endémiques par compétition ou prédation. L’un des risques majeurs liés aux invasions biologiques est de voir progressivement se développer une uniformisation des paysages naturels d’outre-mer, avec la régression ou la disparition des espèces indigènes au profit d’une flore et d’une faune exotiques et  banalisées. Les impacts négatifs des espèces exotiques envahissantes sont d'autant plus forts que le milieu naturel subit déjà d'autres pressions comme la destruction des habitats, la pollution ou le réchauffement climatique.

Ci-contre : poissons-lion en Martinique (© C. Barnerias)








•   Impacts écologiques des espèces exotiques envahissantes


Des extinctions d'espèces  

Les espèces exotiques envahissantes sont impliquées dans de nombreuses extinctions d'espèces en outre-mer, même si elles n'ont la plupart du temps pas été la cause unique de disparition. C’est bien souvent un ensemble de facteurs (destruction des habitats, surexploitation, prédation par des rats...) qui ont conduit des espèces à l’extinction. C’est néanmoins dans l’outre-mer français qu’a pris place l'un des exemples modernes les plus frappants d'extinctions consécutives à l’introduction d’une espèce. L’escargot carnivore de Floride, ou euglandine (Euglandina rosea), introduit en Polynésie française à des fins de contrôle biologique contre l’achatine est directement responsable de l’extinction de près de 57 espèces d'escargots endémiques de la famille des partulidés.

Ci-contre : l'euglandine (à gauche sur la photo) © O. Gargominy


Des régressions d'espèces


La plupart des espèces exotiques envahissantes conduisent à un appauvrissement des communautés végétales et animales indigènes essentiellement par compétition ou prédation.

Des plantes exotiques envahissantes comme le lantana ou différentes espèces d'acacia forment des couverts denses qui étouffent la végétation naturelle. Les populations sauvages ou en semi-liberté de cochons, de bétail, de chèvres, de moutons et de cervidés observées aux Saintes en Guadeloupe, dans des îles de Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, dans les TAAF ou à Saint-Pierre et Miquelon, causent à des degrés divers des destructions du couvert végétal et des régressions d’espèces indigènes sous l’action de leur pâturage et de leur piétinement.
Ci-contre:le cerf de Virginie est la principale menace pour la survie de la forêt boréale à Saint-Pierre et Miquelon © M. Martinez

Concernant les prédateurs introduits, il n’y a guère de doute à avoir sur les dégâts que peuvent causer les populations sauvages ou en semi-liberté de chats, de chiens ou de mangoustes sur les oiseaux ou les reptiles indigènes. Parmi les oiseaux, le martin triste ou le bulbul à ventre rouge affectent les espèces indigènes par compétition pour la nourriture ou les sites de reproduction. Le busard de Gould et le grand-duc de Virginie en Polynésie française agissent directement par prédation sur les oeufs, les oisillons ou les adulte des espèces indigènes.

Ci-contre: Chat haret sur Kerguelen. Au niveau mondial, les chats harets sont une des principales menaces pour la faune terrestre indigène des milieux insulaires © J. Buffin (Programme IPEV 136)


Modification du fonctionnement des écosystèmes


L’impact majeur des espèces exotiques envahissantes relève le plus souvent de l’altération des processus écologiques en place. Des plantes exotiques envahissantes peuvent être à l’origine d’un changement significatif de la composition, de la structure et du fonctionnement des écosystèmes en modifiant la luminosité, le taux d’oxygène dans l’eau, la chimie des sols, le cycle des éléments nutritifs, le régime des feux, les interactions plantes animaux etc. Une seule espèce peut altérer le fonctionnement d’un écosystème.

Ci-contre: l'invasion du miconia à Tahiti. © O. Gargominy
 

En milieu d'eau douce, des plantes aquatiques comme la jacinthe d'eau et la laitue d'eau, envahissantes à La Réunion, peuvent entrainer une eutrophisation du milieu et un bouleversement global des écosystèmes aquatiques. Sur Tahiti, le miconia forme des couverts denses monospécifiques où la lumière arrivant au sol est très réduite empêchant toute régénération de plantes indigènes et endémiques en sous bois. Près de 80 000 ha ont été envahis à Tahiti et entre 40 à 70 espèces de plantes endémiques sont directement menacées de disparition.
 
Ci-contre: jacinthes et laitues d'eau à La Réunion. © T. le Bourgeois
 
Les rat sont impliqués dans la régression de plusieurs espèces d’oiseaux endémiques comme par exemple les monarques de Tahiti et des Marquises (Pomarea sp), l’échenilleur de La Réunion (Coracina newtoni), ou plusieurs espèces de pétrels dans les TAAF. Ils contribuent également à modifier la composition spécifique et la dynamique des communautés végétales en consommant des graines de plantes endémiques rares, comme le santal en Polynésie française ou l’Ochrosia inventorum en Nouvelle-Calédonie et en favorisant la dispersion de certaines plantes exotiques envahissantes.

Ci-contre: rat noir. © F. Brescia


Les fourmis envahissantes représentent une des plus grandes menaces pour de nombreuses espèces d’invertébrés ou de petits vertébrés indigènes ou endémiques. Elles peuvent affecter l’ensemble du fonctionnement d’un écosystème. La fourmi électrique ou petite fourmi de feu, envahissante en Nouvelle Calédonie, en Polynésie française et à Wallis et Futuna, altère la structure et le fonctionnement des écosystèmes en éliminant la majorité des invertébrés dans les zones infestées, tout en favorisant certains autres, et en diminuant nettement la diversité et la densité de petits vertébrés comme les lézards.

Ci-contre: la fourmi électrique Wasmania auropunctata
 
 
Les espèces potentiellement envahissantes : des bombes à retardement

A côté des espèces exotiques d'ores et déjà envahissantes et problématiques, de nombreuses espèces exotiques sont potentiellement envahissantes. Naturalisées, en cours de naturalisation, ou simplement cultivées ou élevées, elles ne manifestent pas aujourd'hui de caractère envahissant mais pourraient le devenir si les conditions écologiques du milieux venaient à être modifiées en leur faveur. Il s'agit par exemple de plantes vendues en pépinières ou utilisées pour l'aménagement ou d'animaux vendus dans les animaleries qui sont connus ailleurs dans le monde pour être envahissants.
 
Le changement climatique et la diffusion des espèces exotiques envahissantes interagiront de manière significative. Ce changement perturbera profondément le fonctionnement des écosystèmes, permettant à un grand nombre d’espèces exotiques, inoffensives pour l’instant, de devenir envahissantes.


Ci-contre : dans l'archipel de Kerguelen, les changements climatiques observés ont pour conséquence d'entraîner la régression des espèces indigènes, favorisant le développement sur de grandes surfaces du pissenlit, originaire des régions tempérées. © JL Chapuis







•   Des limites importantes à la gestion


Malgré des avancées importantes en termes de recherche, de lutte ou de réglementation, de nombreuses contraintes communes aux collectivités d'outre-mer limitent les actions.
Les cadres réglementaires, orientés encore essentiellement vers une approche phyto et zoo-sanitaire ne permettent pas une gestion appropriée du risque et ne correspondent pas aux engagements pris par la France. Les moyens financiers en regards des enjeux ne sont ni suffisants ni pérennes. L'absence de stratégie dans certaines collectivités et de hiérarchisation des priorités de facilite pas les synergies entre les acteurs. Et la sensibilisation des publics reste encore globalement insuffisante.
Ci-contre: lutte contre la vigne marronne (Rubus alceifolius)
à La Réunion. © ONF La Réunion

La mise en oeuvre d'une stratégie globale et partagée par l'ensemble des partenaires (Etat, collectivités, scientifiques, gestionnaires de l'environnement, acteurs privés, ONG...) nécessite une approche transversale (par l'ensemble des secteurs d'activités concernés) et à plusieurs niveaux :
  • la prévention qui est le moyen d'action le plus efficace à moindre coût;
  • la veille et la détection précoce des nouvelles espèces avec l'analyse du risque d'invasion ;
  • l'intervention rapide dès la signalisation d'une nouvelle espèce exotique envahissante ;
  • l'adaptation ou le développement de la réglementation concernant le commerce, le contrôle des transports, les mesures de contrôle aux frontières... ;
  • l'information et la sensibilisation du public ;
  • la lutte sur le long terme pour contenir les espèces exotiques envahissantes déjà installées.







•   Un enjeu de coopération


Dans toutes les collectivités d'outre-mer, des acteurs se mobilisent pour mettre en place des outils de diagnostic, des méthodes de contrôle et des actions de lutte contre les espèces exotiques envahissantes.

Malgré leur éloignement, les acteurs des collectivités d'outre-mer sont confrontés bien souvent aux mêmes espèces exotiques envahissantes et rencontrent des difficultés communes en termes d'accès à la connaissance, de lutte, de coordination d'actions et de coopération, de réglementation, de sensibilisation...

La mise en réseau des connaissances, le renforcement de la coopération régionale et entre les collectivités françaises d'outre-mer constituent des réponses essentielles.

Ci-contre: les participants à l'atelier de travail organisé  par l'UICN France en Nouvelle-Calédonie en décembre 2010. © UICN France