Détection de l’Escargot sauteur (Ovachlamys fulgens) à La Réunion
Répartition de l’espèce

Fig. 1 – Répartition de O. fulgens d’après les signalements vérifiés. Source : iNaturalist
Originaire du Japon, Ovachlamys fulgens, plus communément appelé Escargot sauteur, a été introduit dans plusieurs régions du monde, le plus souvent accidentellement conjointement à l’importation de végétaux pour le commerce horticole (Salles et al., 2018). Plus particulièrement présent sur le continent américain comme au Costa Rica (Barrientos, 2000), au Brésil, en Floride (Teixeira et al., 2017), en Argentine (Beltramino et al., 2018), en Colombie, au Nicaragua et dans les Antilles (Barrientos, 2000), ainsi qu’à Hawaï (Cowie et al., 2018), sa détection à La Réunion est à ce jour la seule vérifiée dans la région sud-ouest de l’Océan Indien (Fig. 1).
Description, reproduction et habitats

Fig. 2 – Fiche descriptive de l’espèce conçue pour générer des signalements
O. fulgens est un petit gastéropode terrestre dont la longueur de la coquille est inférieure à 7 mm. Sa coquille est marron et son corps est sombre. Son pied est en revanche plus clair et de grande taille, mesurant environ 1,5 fois la taille de la coquille (Fig. 2). Cette caractéristique lui permet d’effectuer des sauts pour échapper aux prédateurs, lui conférant ainsi son surnom d’Escargot sauteur. En situation de prédation, son comportement défensif se caractérise par la rétractation de sa tête dans sa coquille et l’agitation circulaire de son pied caudal à des fins de dissuasion (Salle et al., 2018).
Sa forte capacité d’expansion est liée à sa stratégie reproductive. En effet, O. fulgens peut s’auto-inséminer dès lors que le diamètre de sa coquille est supérieur à 4,73 cm. Les pontes peuvent avoir lieu quotidiennement pendant un à quatre jours, séparées par des intervalles d’un ou deux jours. Chaque ponte produit en moyenne trois œufs. Ces derniers sont alors déposés dans la litière ou des zones ombragées pour une période d’incubation comprise entre 10 et 14 jours. Cette forte capacité de reproduction peut conduire à des densités de population très élevées comme au Costa-Rica où 43 ind/m² ont été observés (Barrientos, 1998).
Principalement associé aux environnements humides, cet escargot est actif dans des plages de températures comprises entre 20 et 27,6 °C et sous des régimes de fortes précipitations. Il est ainsi facilement observable la nuit après de fortes pluies et est particulièrement présent dans la végétation herbacée, la litière, sur les roches, les mousses et sous les troncs morts. Il colonise également les espaces anthropisés en se logeant dans le bâti, les milieux agricoles et naturels.
Situation à La Réunion
Cet escargot a été détecté une première fois par hasard en juin 2025 près du quartier La Source situé au lieu-dit Bois Blanc à Sainte-Rose par Pierre Henri Crescent, photographe naturaliste accompagné de Nicolas Huet, lors d’une sortie naturaliste nocturne visant initialement à rechercher un arachnide rare. Seulement quelques individus y ont été observés à cette occasion puis une seconde visite à permis de voir davantage de spécimens dans la ravine mais aussi sur un sentier à proximité et dans la végétation alentour.

Fig. 3 – Fiche descriptive de l’espèce conçue pour générer des signalements
Deux mois plus tard, O. fulgens a été détectée par l’ARCAM (Association pour la Recherche et la Conservation des Arthropodes et des Mollusques), sur une parcelle également située à Bois Blanc à proximité du Parc national de La Réunion, le 18 août 2025 entre 18h30 et 19h00, dans le cadre du projet REMINAT, lors d’un inventaire commandité par l’Armeflhor (Fig. 3). L’escargot a été identifié très rapidement sur place par Nicolas Huet (ARCAM) grâce au saut caractéristique de cette espèce, puis a été confirmé par Owen Griffiths (expert en malacologie). Plus d’une cinquantaine de spécimens ont été observés pendant une heure, témoignant de l’établissement de la population à La Réunion. Le mécanisme d’introduction de O. fulgens n’est pas connu même si son importation accidentelle avec celle de végétaux constitue une hypothèse probable.
L’Escargot sauteur est herbivore et est considéré comme un ravageur important dans ses régions d’introduction où il porte atteinte à diverses plantes d’intérêt horticole (Stange, 2004) et sauvages. Des attaques sur des orchidées ont particulièrement été recensées. Il peut ainsi générer aussi bien des impacts écologiques qu’économiques y compris à La Réunion où des dégâts sur des pieds de vanille ont déjà été constatés sur le lieu de détection.
Réglementation
Comme tous les gastéropodes non-indigènes, Ovachlamys fulgens figure sur l’annexe de l’arrêté ministériel du 28 juin 2021, relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces animales exotiques envahissantes sur le territoire de La Réunion et qui interdit toutes activités sur des spécimens vivants.
Perspectives à La Réunion
O. fulgens est probablement établi à La Réunion depuis un certain temps comme le témoigne l’abondance des spécimens sur les sites de détection. Du fait de ses éventuels impacts négatifs sur la flore en milieu naturel et sur les plantes cultivées, des mesures pourraient être prises pour une gestion précoce de cette population, dont l’aire de répartition connue est encore limitée.
Capture manuelle et par piégeage
Du piégeage de mollusques a déjà été expérimenté ailleurs et pourrait être expérimenté sur O. fulgens à La Réunion. Des pièges Barber semi-enterrés appâtés (avec de la bière ou des fruits) pourraient par exemple être testés sur cette espèce (Capinera & White, 2011). Cette technique est toutefois peu sélective et pourrait entrainer la capture d’espèces non-cibles. En revanche, des pièges non toxiques fabriqués avec des cartons suffiraient à attirer les escargots pour ensuite les capturer manuellement (Rosa et al., 2022). Cette méthode permettrait ainsi d’effectuer un tri manuel des spécimens d’O. fulgens et de libérer les spécimens d’espèces indigènes attirés accidentellement dans les cartons. De telles captures manuelles pourraient être envisagées en milieu agricole en complément de l’installation de barrières physiques autour des plantes d’intérêt économique.
Contrôle biologique
Le contrôle biologique utilisant différents prédateurs (mollusques, nématodes…), a été étudié pour plusieurs espèces de mollusques invasifs mais aucun agent de lutte à l’efficacité avérée en milieu naturel, n’est pour l’instant identifié pour O. fulgens. En revanche, l’utilisation des gastéropodes carnivores indigènes et endémiques de La Réunion (Gonospira spp.) pourrait être explorée pour mettre en œuvre une lutte biologique par conservation (aménagement d’un écosystème ou d’habitats favorables à des ennemis naturels natifs d’EEE cibles).
Ainsi, une approche intégrée combinant différentes méthodologies, pourrait être privilégiée pour une gestion précoce de cet escargot encore peu répandu à La Réunion, conjointement à de la surveillance pour faciliter d’éventuelles nouvelles détections sur le territoire.
Signalez l’espèce
- Rendez-vous sur la page du site Internet du GEIR dédiée à la détection d’ fulgens à La Réunion. Vous pourrez ainsi confirmer l’identification de l’espèce à l’aide d’une fiche descriptive et visionner une vidéo du saut caractéristique de cet escargot : https://www.especesinvasives.re/alerte-ovachlamys-fulgens-plus-communement-connu-sous-le-nom-descargot-sauteur/
- Envoyez votre observation à Nicolas Huet, Président de l’ARCAM : 1416gpnnhuet@gmail.com
En savoir plus
Association pour la Recherche et la Conservation des Arthropodes et des Mollusques (ARCAM). Note d’information relative à la détection du gastéropode Ovachlamys fulgens sur une parcelle agricole sur la commune de Sainte-Rose, à La Réunion. 3p. (lien)
Association pour la Recherche et la Conservation des Arthropodes et des Mollusques (ARCAM), (2025). L’escargot sauteur Ovachlamys fulgens : revue des connaissances et implications pour la gestion à La Réunion. 6p. (lien)
Barrientos, Z. (2000). Population dynamics and spatial distribution of the terrestrial snail Ovachlamys fulgens (Stylommatophora: Helicarionidae) in a tropical environment. Revista de Biología Tropical, 48(1), 71-87. (lien)
Barrientos, Zaidett. Life history of the terrestrial snail Ovachlamys fulgens (Stylommatophora: Helicarionidae) under laboratory conditions. Rev. biol. trop [online]. 1998, vol.46, n.2 [cited 2025-12-17], pp.285-296. (lien)
Beltramino, A. A., Vogler, R. E., Rumi, A., Guzmán, L. B., Martin, S. M., & Peso, J. G. (2018). The exotic jumping snail Ovachlamys fulgens (Gude, 1900) (Gastropoda: Helicarionidae) in urban areas of the Upper-Paraná Atlantic Forest. Anais da Academia Brasileira de Ciências, 90(02), 1591-1603. (lien)
Capinera, John L., and Jodi White. “Terrestrial Snails Affecting Plants in Florida.” EDIS, vol. 2011, no. 8, Aug. 2011. (lien)
Cowie, R. H., Dillon, R. T., Robinson, D. G., & Smith, J. W. (2009). Alien non-marine snails and slugs of priority quarantine importance in the United States: A preliminary risk assessment. American Malacological Bulletin, 27(1/2), 113-132. (lien)
Rosa, R. M., Salvador, R. B., Teixeira, L., Bornschein, M. R., & Cavallari, D. C. (2022). The rapid expansion of the jumping snail Ovachlamys fulgens in Brazil. Diversity, 14(10), 815. (lien)
Teixeira, L., Cunha, C. M., & Bornschein, M. R. (2017). First record of the Japanese land snail Ovachlamys fulgens (Gude, 1900) (Gastropoda, Helicarionidae) in Brazil. Check list, 13(5), 703-706. (lien)
Photo du Haut de page : Ovachlamys fulgens © Nicolas Huet
Rédaction et relectures : Nicolas Huet et Perrine Lerand (ARCAM) et Clara Singh (Comité français de l’UICN)
