A la rencontre de Tohei Theophilus : Directrice adjointe et responsable de la cellule phytosanitaire de la Direction de la Biosécurité
Tohei Teophilus, Directrice adjointe et responsable de la cellule phytosanitaire, a rejoint le réseau récemment dans la continuité de la formation sur la prévention et la surveillance des invasions biologiques marines qui a eu lieu en Polynésie française et lors de laquelle elle a organisé et animé la sortie terrain à la Marina de Papeete. Dans ce contexte, elle a accepté de répondre à nos questions sur son parcours et sur les enjeux de biosécurité du Pays.
1) Pouvez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours professionnel et nous dire comment vous avez été amenée à travailler sur les espèces exotiques envahissantes ?
J’ai fait mes études en Polynésie française à l’Université de Polynésie française et j’ai fait une première année de Master à l’Université Pierre et Marie Curie. Lorsque je suis revenue pour ma dernière année de Master environnement insulaire océanien (EIO), j’ai travaillé quelques temps à Tetiaroa Society en tant que Guide Naturaliste. C’était bien pour un temps, puis j’ai enchainé avec un doctorat en septembre 2017. C’est à ce moment là que j’ai effleuré les notions d’espèces envahissantes avec l’étude de la prolifération des algues brunes dans les lagons de Polynésie française.
Dès 2022, j’ai travaillé au service de l’agriculture dans le développement de nouvelles solutions de lutte biologique avec la recherche de champignons entomopathogènes présents en Polynésie française. Grâce à cette expérience, j’ai décidé de passer le concours de la fonction publique territoriale et j’ai été affectée à la Direction de la biosécurité. En tant que phytopathologiste de la cellule phytosanitaire, j’ai dû développer certaines connaissances sur les espèces exotiques envahissantes.
Quelques mois plus tard, en avril 2024, j’ai été nommée responsable de la cellule phytosanitaire puis Directrice adjointe en septembre 2025 pour coordonner les projets. C’est réellement en intégrant la biosécurité que j’ai pu gérer des projets de contrôle biosécuritaire pour éviter l’introduction d’EEE.
2) Quelles sont les missions de la Direction de la biosécurité et comment contribuent-elles à prévenir les introductions d’espèces exotiques en Polynésie française ? Quel aspect de votre métier actuel vous plait le plus ?
La Direction de la biosécurité agit sur deux frontières : internationale et interinsulaire. A la frontière internationale, l’objectif est d’éviter l’introduction de nouvelles espèces exotiques envahissantes. Plusieurs mesures de contrôles ont été mises en place dont notamment, les traitements et les arraisonnements des aéronefs et des navires, le contrôle des bagages des passagers (aéronefs, paquebots, voiliers, …), l’inspection du fret et bien sûr le contrôle des marchandises d’origine animale, végétale, les animaux et végétaux mais également les produits phytosanitaires. Ces contrôles sont complétés par une équipe cynophile à l’arrivée internationale. De plus, à l’aide des partenariats internationaux, nous sommes capables d’anticiper certains risques.
Ce que je préfère le plus dans mes missions actuelles ce sont les améliorations que nous apportons dans nos mesures et dans notre efficacité. Mon objectif est de mettre en lumière le travail réalisé au quotidien par les équipes et qu’ils puissent monter en compétence à travers de nombreuses formations techniques.
3) Quels sont les groupes taxonomiques ou les espèces que vous interceptez le plus et quelles sont leurs provenances ? Avez-vous déjà détecté des espèces très inattendues ?
De nombreux Coléoptères sont retrouvés à bord des navires. Ils viennent principalement des pays d’importation que nous considérons à risque (à juste titre). Il y a notamment la Jamaïque, qui est un pays à risque (environ 30% des insectes retrouvés). Des scorpions, des serpents, des iguanes, grenouilles sont ponctuellement retrouvés. Cela fait toujours sensation auprès de la population.
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4) Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mobilisation sur la prévention et la surveillance des espèces non-indigènes marines ?
Les espèces non-indigènes marines sont aujourd’hui très peu suivies. Nous avons un manque de personnel formé et mobilisable sur les enjeux marins, du fait notamment de la biosécurité terrestre qui demande déjà beaucoup d’effort et un suivi constant. Certes, aujourd’hui, une étude de notre réglementation est en cours pour inclure davantage de missions aquatiques (marine et cours d’eau). Rajouter ces missions va nécessiter une réorganisation de nos équipes et une coordination entre les différents services concernés en Polynésie française.
5) La Polynésie française étant très fragmentée géographiquement et les différentes îles la composant pouvant être très éloignées les unes des autres, quelles adaptations sont nécessaires pour assurer la biosécurité à l’échelle du Pays ?
Une adaptation constante ! Chaque cas est considéré individuellement. La fragmentation géographique entraine d’autres difficultés sous-jacentes. Le tourisme est éparpillé dans les îles et la volonté de développer ce secteur demande des efforts et des moyens conséquents. Au quotidien, nous devons prévoir les déplacements à l’avance lorsqu’un navire arrive dans les îles éloignées sans agents sur place. Du fait de nos difficultés, les entreprises locales ont été sensibilisées et coopèrent globalement avec nous pour trouver des solutions afin que nous puissions tous ensemble protéger nos îles.
6) Travaillez-vous avec d’autres territoires du Pacifique pour vous coordonner à plus grande échelle sur la prévention des introductions ?
A ce jour, nous faisons partie du Réseau PPPO et IPPC dans lequel nous contribuons à l’actualisation de la réglementation internationale et notamment Pacifique. La Nouvelle-Calédonie et également un partenaire privilégié avec qui nous pouvons échanger sur nos difficultés et trouver des solutions communes dans la gestion des risques biosécuritaires.
7) D’après-vous, quelles pourraient être les prochaines mesures à développer pour renforcer la prévention des introductions en Polynésie française ?
La gestion des espèces marines, aquatiques et développer nos compétences en microorganismes. Finalement, ce sont les organismes invisibles qui échappent régulièrement à notre contrôle. Un laboratoire plus conséquent serait un atout pour notre service.



