Les EEE, un défi au cœur du projet Life OVERSEAS

Le projet européen Life OVERSEAS (prOtecting aVifauna and Environment in fRench overSEAs territorieS) a débuté cette année pour une durée de 6 ans dans 4 DROM et territoires d’Outre-mer, s’inscrivant notamment dans la continuité du précédent Life BIODIV’OM. La participation de territoires du Pacifique constitue toutefois une nouveauté, ces derniers pouvant désormais intégrer cette catégorie de programme de financement LIFE. Coordonné par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ce projet a pour objectif de contribuer à la préservation de 15 espèces d’oiseaux en Guyane, en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion et en Polynésie française. Le budget total de plus de dix millions d’euros permettra ainsi au Groupé d’étude et de protection des oiseaux en Guyane (GEPOG), au Conservatoire du Littoral de Guyane (CdL), à la Société ornithologiques de La Réunion (SEOR), à la Société d’ornithologie de Polynésie (SOP Manu), à Bird Conservation New Caledonia (BCNC) et à la LPO de mettre en œuvre des actions de conservation dont plusieurs correspondent à des mesures de prévention et de gestion des EEE qui restent l’une des principales pressions qui s’exercent sur les oiseaux ciblés par le projet.

Retour sur le séminaire de lancement organisé à Rochefort

Atelier Life OVERSEAS

Le projet Life OVERSEAS a débuté en 2026 et l’organisation d’un séminaire en juillet a officiellement marqué son coup d’envoi. Ces quatre journées ont réuni près de 30 participants en présentiel et plus d’une centaine en visioconférence. Ces quelques jours ont permis de partager les connaissances, les retours d’expérience et les bonnes pratiques, mais aussi de renforcer les échanges entre les différents territoires et acteurs du projet. Ateliers thématiques, temps de travail collectifs et échanges avec plusieurs experts ont notamment permis d’approfondir les enjeux liés à la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, à la biosécurité et à la protection des espèces menacées.

Objectifs de gestion des EEE dans chaque territoire ultra-marin

Nouvelle-Calédonie

Pétrel de Gould (c) John Harrison

Le projet vise à préserver les colonies de Pétrel de Gould (Pterodroma leucoptera) situées sur le Col de Mouirangue et les monts Dzumac. Classée « vulnérable » sur la liste rouge mondiale de l’UICN, les experts estiment que la situation de cette espèce est encore plus critique à l’échelle nationale du fait notamment de la présence de prédateurs introduits. Le projet cible, par conséquent, la gestion des chats et des rats dans les monts Dzumac sur une superficie de 300 à 400 ha et de 100 à 150 ha sur le Col de Mouirangue. La dératisation chimique au rodenticide sera réalisée manuellement et à l’aide de stations d’appâtage, mobilisant notamment une brigade de près de 10 bénévoles. Des pièges létaux (AT220) seront utilisés pour gérer les populations de chats harets et les mesures chimiques et mécaniques actuellement déployées dans le cadre du projet LUCICAT pourront aussi être transposées, si les retours d’expériences s’avèrent concluants. L’absence de réinfestation des sites gérés et l’obtention d’un succès reproducteur du Pétrel de Gould supérieur à 35 %, attesteront du succès de l’opération. En complément, un site de reproduction de 2 ha et exempt de prédateurs introduits sera aménagé et des exclos anti-chats seront conçus pour accueillir une colonie artificielle.

Guyane

Trois espèces d’oiseaux sont ciblées en Guyane par ce projet : La Sterne de Cayenne (Thalasseus sandvicensis eurygnathus), la Sterne royale (Thalasseus maximus) et la Mouette atricille (Leucophaeus artricilla). Toutes sont classées « vulnérable » sur la liste rouge nationale de l’UICN et sont menacées par la prédation des rats, notamment sur l’île du Grand-Connétable. Cette dernière, d’une superficie de 3 ha, abrite 6 espèces d’oiseaux marins et constitue leur seul site de reproduction entre l’Amazonie et l’Orénoque. Elle fera donc l’objet d’une opération de dératisation chimique au rodenticide et manuelle et à l’aide de stations d’appâtage. Un plan de biosécurité sera également mis en place pour éviter toute nouvelle réinvasion. Suite à la mise en œuvre de ces mesures, une augmentation des effectifs des populations de 5, 10 et 20 % sont respectivement attendues pour la Sterne royale, la Sterne de Cayenne et la Mouette atricille. Pour cette dernière le projet vise également une augmentation du succès reproducteur de 10%.

Couple de sternes royales (c) K. Pineau

Ilet du Grand-Connétable (c) Vincent Premel

Le Bécasseau semipalmé (Calidris pussila), le Bécasseau maubèche (Calidris canutus) et le Petit Chevalier (Tringa flavipies) sont principalement menacés par la dégradation des habitats et la chasse dans le Polder Sarcelle, des anciennes rizières de Mana. Par conséquent, le projet prévoit également la préservation de ces trois espèces à travers des aménagements hydrauliques et le renforcement de la réglementation relative à la pratique de la chasse.

Polynésie française

Le Monarque des Marquises (Pomarea mendozae), l’Océanite à gorge blanche (Nesofregetta fuliginosa) classés « en danger » sur la liste rouge de Polynésie ainsi que le Pétrel à poitrine blanche (Pterodroma alba) et la Gallicolombe des Marquises (Pampusana rubescens) classés quant à eux « vulnérable », sont tous menacés par les prédateurs introduits en Polynésie française, en particulier les chats et les rats. Ces derniers seront alors ciblés par des actions d’éradication d’envergure sur 7 îlots des Marquises. Au total, 2089 ha seront dératisés par voie aérienne pour disperser des appâts au rodenticide et 1281 ha feront l’objet d’une opération d’éradication des chats par piégeage et surveillance par caméras. Un plan de biosécurité sera également mis en place sur chaque îlot afin d’assurer la pérennité de ces opérations. A l’issu de ce projet, une augmentation de 20 % des populations des 4 espèces d’oiseaux est attendue ainsi que la colonisation de nouveaux îlots par l’Océanite à gorge blanche et le Pétrel à poitrine blanche.

Pétrel à poitrine blanche (c) Eric VanderWerf

Fatu Huku

La Réunion

Papangue (c) Gilles ADT

A La Réunion, le Busard de Maillard (Circus maillardi), plus communément appelé Papangue, classé « en danger » d’après la liste rouge mondiale de l’UICN, a connu une diminution de ses effectifs de 46 % en 20 ans. Contrairement aux autres territoires, l’espèce n’est pas menacée par la prédation exercée par les rats mais par l’empoisonnement secondaire de rats ayant consommé de fortes doses de raticides en milieux urbains et agricoles. En effet, les doses utilisées dans ces milieux sont souvent très importantes et utilisées en continu, provoquant des effets considérables.

Le projet vise alors à diminuer la toxicité de son habitat via une collaboration avec les animateurs MAEC (Mesure agroenvironnementales et climatiques) et les acteurs du milieux agricoles. Des techniques de dératisation non chimiques seront expérimentées dans les communes et les milieux agricoles (300 pièges A24, 60 pièges Ekomilles et 60 dispositifs Secu-Rat) afin de diminuer de 50 % l’utilisation de raticides et le nombre d’individus testés positifs au rodenticides. La préservation de 60 ha par des bonnes pratiques et des MAEC est également prévue ainsi que l’adhésion de 50 % des communes à une charte de bonnes pratiques visant à réduire l’utilisation de rodenticides.

D’autres actions de conservation seront menées à La Réunion, en particulier pour réduire la pollution lumineuse et l’impact des lignes électriques menaçant le Pétrel de Barau (Pterodroma baraui), le Pétrel de Bourbon (Pseudobulweria aterrima) et le Puffin du Pacifique (Ardenna pacifica).

Des opérations d’éradication rigoureusement encadrées

Lutter contre les espèces exotiques envahissantes (EEE) ne consiste pas simplement à éliminer une espèce introduite. Lorsqu’il s’agit d’intervenir sur des îles, où les écosystèmes sont particulièrement fragiles et où de nombreuses espèces sont endémiques, chaque opération doit être soigneusement préparée afin de concilier l’efficacité de la lutte et la préservation de la biodiversité locale. Dans le cadre du LIFE OVERSEAS, les opérations d’éradication seront ainsi préparées et conduites avec l’appui d’experts internationaux de la conservation insulaire, notamment l’organisation Island Conservation, et en concertation avec des comités techniques réunissant de nombreux acteurs et spécialistes. Elles s’appuieront également sur les nombreux retours d’expérience acquis au niveau international, notamment en Nouvelle-Zélande, pionnière dans la restauration des écosystèmes insulaires et la lutte contre les mammifères introduits.

Avant toute intervention, des études de faisabilité permettront de déterminer si les conditions écologiques, techniques et logistiques sont réunies pour envisager une opération, et d’en préciser les modalités. Des mesures spécifiques seront par ailleurs mises en œuvre pour prévenir et limiter les impacts sur la faune et la flore locales. Des suivis avant, pendant et après les opérations permettront de détecter d’éventuels effets indésirables et d’adapter, si nécessaire, les modalités d’intervention. Enfin, l’efficacité d’une opération d’éradication ne se mesure pas uniquement à la disparition de l’espèce ciblée. Le LIFE OVERSEAS prévoit également des études destinées à évaluer les effets des opérations sur les écosystèmes. Ces suivis s’inscrivent dans la continuité des travaux déjà menés dans les territoires ultramarins. À La Réunion, par exemple, les actions de lutte contre les rats conduites dans le cadre du LIFE BIODIV’OM pour protéger le Tuit-tuit ont fait l’objet d’études environnementales visant notamment à rechercher d’éventuelles traces de rodenticides dans l’environnement. Ces travaux n’avaient pas mis en évidence de présence de molécules recherchées dans les sols et les eaux environnantes. Dans le cadre du LIFE OVERSEAS, chaque intervention reposera sur l’expertise, l’analyse des risques, les retours d’expérience internationaux et un suivi scientifique permettant d’évaluer ses effets sur les écosystèmes. L’objectif est clair : réduire durablement la pression exercée par les espèces exotiques envahissantes tout en garantissant la meilleure protection possible de la biodiversité native.

Une mobilisation croissante en outre-mer

Face à la menace que représentent les EEE pour la biodiversité ultramarine, les actions de conservation se renforcent dans les territoires français. Cette mobilisation s’illustre notamment à travers plusieurs projets LIFE : le LIFE STOP Extinction, porté par la SOP Manu en Polynésie française, le LIFE OVERSEAS et prochainement le LIFE Rept’Island porté par l’OFB, dans les Antilles. Ces projets ciblent notamment les oiseaux et les reptiles terrestres, soit les deux taxons les plus impactés par la prédation des EEE dans les territoires ultramarins. Des projets complémentaires qui partagent un même objectif : réduire la pression des espèces introduites sur les écosystèmes et les espèces menacées, tout en s’appuyant sur des méthodes rigoureuses et adaptées à chaque territoire.

 

Rédaction : Clara Singh (Comité français de l’UICN), Florent Bignon et Marine Didier (LPO)

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