Rapport de l’IPBES : les EEE parmi les 5 facteurs du déclin de la biosiversité

La 7e session de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) s’est tenue à Paris du 29 avril au 4 mai dernier. Elle avait pour but de valider le premier rapport d’évaluation sur la biodiversité et les services écosystémiques jamais réalisé à l’échelle mondiale. Le document adopté lors de cette session examine les évolutions de la situation de la biodiversité au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet des relations entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Il fait ainsi l’état d’un déclin alarmant de l’état de la nature et des écosystèmes, et estime qu’un million d’espèces seraient menacées d’extinction.

Le communiqué de presse mis en ligne le 6 mai au titre très explicite “Le dangereux déclin de la nature : un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère” présente les conditions de réalisation de ce document qui devrait dépasser 1 000 pages, réalisé avec la participation de 145 experts issus de 50 pays et l’examen systématique de 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales, et qui comporte une longue série de chiffres clés sur les espèces, populations et variétés de plantes et d’animaux, l’alimentation et l’agriculture, les océans et la pêche, les forêts, les mines et l’énergie, l’urbanisation, développement et questions socio-économiques, la santé, le changement climatique et les objectifs mondiaux.

Les différents chapitres de ce document sont actuellement (6 juin) disponibles en ligne dans une version provisoire en anglais [full report]. Il devrait être très prochainement diffusé dans une version définitive.

Les espèces exotiques envahissantes y sont mentionnées comme étant l’un des cinq facteurs directs de changements affectant la nature, avec le changement d’usages des terres et des mers, l’exploitation directe des espèces, le changement climatique et la pollution. Le rapport signale par exemple une augmentation de 70 % du nombre d’espèces exotiques envahissantes depuis 1970 dans plus de 21 pays (ce chiffre est certainement sous-estimé car basé uniquement sur les pays ayant bien documenté ces introductions). Un résumé du rapport destiné aux décideurs (en anglais) explique ainsi que près d’1/5ème de la surface de la terre est menacé par les invasions biologiques et que le rythme d’introduction de nouvelles espèces est croissant, ne montrant aucun signe de ralentissement, étant directement associé à une intensification des échanges commerciaux et au développement des populations et activités humaines.

Le transport de marchandises et de personnes sur de longues distances, y compris à des fins touristiques, a considérablement augmenté au cours des 20 dernières années, avec des conséquences négatives pour l’ensemble de la nature. L’augmentation du transport aérien et maritime de marchandises et de personnes, y compris une multiplication par trois du nombre de voyages entre différents pays, a entraîné une augmentation de la pollution et une augmentation significative du nombre d’espèces exotiques envahissantes.

Enfin, en dressant le bilan de l’atteinte des objectifs d’Aïchi, le rapport note que certains progrès ont été faits par les Etats quant à la priorisation des espèces exotiques (objectif 9.1), mais les trois autres objectifs (identification et priorisation des voies d’introduction, gestion et éradication des EEE, gestion des voies d’introduction) ne seront sans doute pas atteint en 2020.

Outre les résultats d’une évaluation mondiale, le rapport produit par l’IPBES présente un large éventail d’actions en faveur d’un développement durable et souligne l’importance de la gestion intégrée des écosystèmes. Une évolution ad hoc nécessaire des systèmes financiers et économiques mondiaux a également été identifiée comme un élément clé de politiques futures plus durables.

Le 22 mai, trois experts mondiaux ont été nommés en tant que coprésidents pour mener en trois ans une nouvelle évaluation des connaissances concernant les EEE et leur contrôle. Il s’agit des professeurs Helen Roy (Royaume-Uni), Anibal Pauchard (Chili) et Peter Stoett (Canada). Ils dirigeront une équipe de plus de 70 auteurs experts sélectionnés parmi les candidatures reçues d’ici la fin du mois de juin de cette année. Cette nouvelle évaluation triennale devrait offrir aux gouvernements et aux décideurs les meilleures données disponibles sur l’éventail des espèces exotiques envahissantes, leurs impacts sur la diversité biologique (en particulier sur la santé et les moyens de subsistance), leurs voies et vecteurs de dispersion, la sensibilisation du public, l’efficacité des mesures de régulation actuelles et des options pour une politique et des actions futures.

Une première réunion des auteurs de l’évaluation est prévue pour août 2019 au Japon et un premier texte devrait être prêt pour un examen par des experts en 2020.

 

Texte préparé par Doriane Blottière et Emmanuelle Sarat, Comité français de l’UICN, Alain Dutartre, expert indépendant

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