Opération d’éradication de la souris grise (Mus musculus) sur l’île Tromelin

Durant tout le mois d’août, une opération d’éradication de la souris grise à Tromelin, dans les îles Éparses, a été menée par les Terres australes et antarctiques françaises. Cette opération qui a mobilisé 8 agents, fait partie intégrante du projet RECI (Restauration des écosystèmes insulaires de l’océan Indien), financé par l’Union européenne dans le cadre du 11e Fonds Européen de Développement (FED-PTOM) et par l’Office français de la biodiversité (OFB).

Historiquement, l’île Tromelin a fait l’objet de deux introductions de mammifères : le rat surmulot (Rattus norvegicus) et la souris grise (Mus musculus). En 2005, une première campagne d’éradication des rongeurs a eu lieu et a permis de retirer avec succès la population de rats surmulots de l’île.

L’éradication des rats a rapidement bénéficié aux deux espèces d’oiseaux marins restantes sur l’île, le fou à pieds rouges (Sula sula) et le fou masqué (Sula dactylatra) dont les populations reproductrices se sont développées, et a également entraîné une augmentation de la couverture végétale herbacée qui est passée de 30 % à plus de 70 % (Le Corre et al. 2015). Près de 20 ans après cette éradication, cinq nouvelles espèces d’oiseaux marins ont recolonisé l’îlot  :la gygis blanche (Gygis alba), le noddi brun (Anous stolidus), la sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus), le puffin du Pacifique (Ardenna pacifica) et le noddi à bec grêle (Anous tenuirostris). Aujourd’hui, l’île abrite 7 espèces d’oiseaux marins nicheurs totalisant plus de 6 000 couples chaque année alors qu’en 2005, l’île abritait 2 espèces avec moins de 400 couples.

Gygis blanches (Gygis alba) (c) L. Pichot

Poussin de Fou à pieds rouges (Sula sula) (c) L. Pichot

Fou à pieds rouges (Sula sula) (c) L. Pichot

Toutefois, la présence de la souris impacte encore l’île par les pressions qu’elle engendre sur la régénération de la végétation et sur les communautés d’insectes, araignées et crustacés. Pendant tout le mois d’août 2023, une équipe de 8 agents des Terres australes et antarctiques françaises ont relevé le défi d’éradiquer les souris grises encore présentes sur l’île et ainsi de libérer Tromelin de tout rongeur introduit.

Compte tenu de la superficie de l’île Tromelin (1km²), il a été choisi de mettre en place un protocole de traitement par épandage manuel de rodonticide . L’opération a été réalisée en août, période favorable car les ressources alimentaires pour les souris sont moindres et leur reproduction est ralentie. Pour aider au bon déroulement des épandages, un quadrillage de l’île a été réalisé en début de mission avec l’installation de près de 7000 piquets colorés matérialisant des quadrats de traitement de 10×10 mètres. L’installation de la grille a servi de repère pour l’épandage afin de garantir un traitement homogène de l’intégralité de l’île. L’opération a été réalisée en 2 épandages manuels de granulés de rodonticide (5 340 kg) à base d’anticoagulant (brodifacum dosé à 20 ppm (0,002%)) espacés de dix jours. En complément de cet épandage au sol, les bâtiments et infrastructures de la base ont été traités de façon plus ciblée par la mise en place de stations d’appâtage. Un traitement des cocotiers a été assuré avec des blocs rodonticides sous forme de « bolas ».

Épandage manuel de rodonticide (c) L. Pichot

Installation de la grille d’épandage  (c) L. Pichot

Répartition des seaux de rodonticide au préalable de la phase d’épandage (c) L. Pichot

Aujourd’hui encore, le risque d’introduction involontaire de souris depuis Tromelin vers les districts austraux des Terres australes et antarctiques françaises est avéré. En effet, les contraintes logistiques astreignent actuellement le Marion Dufresne II (navire ravitailleur des Terres australes et antarctiques françaises) à effectuer les missions de relève sur Tromelin plusieurs fois par an, lors des opérations portuaires et du transit vers les îles australes. En complément de cette opération d’éradication, des mesures de biosécurité sont donc mises en œuvre tout au long de la rotation du navire dans les Terres australes françaises afin d’éviter toute nouvelle introduction d’espèces exotiques envahissantes.

Cette opération d’éradication de la souris grise poursuit donc à la fois un objectif de préservation des écosystèmes de l’île Tromelin et un objectif de protection des îles australes face au risque d’introduction d’espèces exotiques envahissantes.

Un suivi post-éradication est en cours afin de vérifier l’absence de souris et d’opérer au besoin des interventions complémentaires. Un suivi sur le long terme est également engagé pour évaluer l’évolution du milieu naturel par rapport à l’état initial de l’environnement. Plusieurs mois sont donc encore nécessaires avant de valider le succès de l’éradication de la souris grise à Tromelin.

Photo d’équipe de l’opération de restauration des écosystèmes à Tromelin – août 2023 (c) Lucie Pichot

En savoir plus sur le projet RECI :
https://taaf.fr/missions-et-activites/protection-de-lenvironnement/actions-de-terrain-et-programmes-menes/projet-reci/

Rédaction : Lucie Pichot (TAAF)

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