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Premières actions de gestion des rats dans les mangroves à Mayotte

Le Rat noir est présent dans de nombreux écosystèmes à Mayotte, y compris les mangroves où niche le Crabier blanc, une espèce d’oiseau menacée à l’échelle mondiale. L’association GEPOMAY met en oeuvre depuis 2019 une méthode innovante de lutte contre cette espèce exotique envahissante, qui permettra d’évaluer indirectement l’impact des rats sur le crabier blanc et participera à sa protection sur le long terme.

 

Le Crabier blanc Ardeola idae, est un petit héron endémique de l’océan Indien, inféodé aux zones humides. Du fait de sa faible répartition et de l’évolution globale de sa population, cet oiseau est classé « En danger  » sur la liste rouge mondiale de l’UICN et « En danger critique d’extinction » sur la Liste rouge nationale des espèces menacées. L’espèce se reproduit uniquement dans quatre îles de l’Océan Indien : Madagascar, Europa, Aldabra, et Mayotte. Les dernières estimations font état de 1 100 couples reproducteurs sur l’ensemble de ces 4 îles (Rabarisoa et al., 2020) et le dernier recensement à Mayotte relève un minimum de 278 couples lors de la saison de reproduction 2019-2020, ce qui représente donc plus d’un quart de la population nicheuse mondiale.

A Mayotte, le Crabier blanc niche dans les mangroves en colonie mixte avec le Héron garde-bœuf et s’alimente aux abords des zones d’eau douce et saumâtres telles que les prairies humides, les cours d’eau et les lacs.

De nombreuses menaces pèsent sur la population de crabiers blancs, comme la destruction de ses habitats, le braconnage ou la présence d’espèces exotiques envahissantes.

Figure 1 : Crabier blanc plumage nuptial © GEPOMAY

Figure 2 : Crabier blanc en plumage-inter nuptial © GEPOMAY

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Groupe d’Etudes et de Protection des Oiseaux de Mayotte (GEPOMAY) réalise depuis 2010 des suivis permettant d‘acquérir des connaissances sur les effectifs et la phénologie du Crabier blanc à Mayotte. L’association coordonne également un Plan national d’action en faveur du Crabier blanc (2019-2023), et met en œuvre depuis 2018 un programme européen, le Life BIODIV’OM. Ce programme vise à protéger le Crabier blanc via différentes actions : restauration, protection et gestion des habitats de l’espèce, lutte contre le braconnage, sensibilisation pour diminuer les dérangements, gestion des rats en mangrove grâce à des techniques innovantes.

Des tests pour évaluer l’impact des rats sur le Crabier blanc

Le Rat noir, Rattus rattus, a été introduit involontairement par l’homme à Mayotte et sur de nombreuses autres îles tropicales. Il représente un véritable fléau pour les colonies d’oiseaux car il consomme les œufs et/ou les poussins de certaines espèces. Le Rat noir peut notamment avoir un impact sur le succès reproducteur des Ardéidés. Dans la réserve de biosphère Hara en Iran, il est responsable de 50% des échecs de reproduction en mangrove de l’Aigrette des récifs Egretta gularis schistacea (Etezadifar et al., 2010) et a un impact important sur la reproduction de la Grande Aigrette Ardea alba (Neinavaz et al., 2013).

A Mayotte, la présence de rats a été démontrée à l’aide de pièges photographiques, de waxtags puis de chewcards, et via des observations directes. Les waxtags sont des blocs de cire d’un goût appétant pour les rats. Ces derniers  laissent des traces de leurs incisives après les avoir grignotés. Ils ont d’abord été utilisés pour détecter la présence de rats dans les mangroves. Ils ont ensuite été remplacés par les chewcards ou cartes à mâcher dont le principe de fonctionnement est identique.

Figure 3 : chewcards intacte © GEPOMAY-Célia Guigliarelli

Figure 4 : chewcards grignoté © GEPOMAY-Célia Guigliarelli

 

 

 

 

 

 

 

Les pièges photographiques ont été installés dans les arbres de deux mangroves, afin de confirmer la présence des rats à tous les étages de la mangrove et le risque potentiel d’accès aux nids de Crabiers blancs.

A Mayotte, bien que cela ait été peu documenté, le Rat noir pourrait avoir un impact non négligeable sur des espèces des mangroves, dont le Crabier blanc. En 2018 le GEPOMAY a donc tenté d’installer des pièges photographiques devant les nids de crabiers blancs pour évaluer l’impact du rat sur l’espèce. Malheureusement, la forte sensibilité au dérangement de l’espèce et la difficulté d’accessibilité des nids situés sur des branches fragiles en haut de la canopée ont conduit l’association à réfléchir à d’autres méthodes indirectes. La mise en place de nids artificiels avec des œufs de poules dans la mangrove et la visite régulière des nids chaque nuit alerte sur un possible dérangement  mais aucun cas de prédation n’a été constaté avec cette méthode.

Il a alors été validé par la communauté scientifique, notamment le Comité Scientifique du Patrimoine Naturel (CSPN) de Mayotte, d’utiliser une méthode indirecte pour évaluer l’impact du rat sur le Crabier blanc. Celle-ci consiste à lutter contre les rats dans plusieurs secteurs de mangrove abritant des Crabiers, et à observer l’impact sur leur succès reproducteur. Un plan de lutte a donc été rédigé par le GEPOMAY en 2020. Son objectif était de déterminer les protocoles scientifiques à mettre en place pour gérer efficacement les populations de rats des mangroves et évaluer l’efficacité des actions et leur impact. La lutte chimique a été écartée par l’ensemble des acteurs suite à la réalisation par le Centre universitaire de formation et de recherche de Mayotte (CUFR) d’une étude d’impact des raticides sur la macrofaune des mangroves. Ce sont donc les pièges A24 Goodnature  qui ont été sélectionnés pour gérer et contrôler les populations de rats des mangroves. Ils provoquent une mise à mort rapide et immédiate des rats qui y rentrent par le déclenchement d’une gâchette avec du gaz sous pression causant un choc mortel à la tête. Il est possible d’éliminer jusqu’à 24 rats par cartouche de gaz. Les cadavres tombent et sont par la suite consommés par des charognards ou emportés par la marée dans le cas des mangroves.

Afin d’étudier leur efficacité et leur spécificité à capturer les rats, des pièges photographiques ont été installés en face des pièges A24.

Figure 5 : piège A24 goodnature                                     © GEPOMAY-Célia Guigliarelli

 

Figure 6 : Rat noir dans un piège A24 Goodnature                 © GEPOMAY

 

 

 

 

 

 

 

Des chewcards livrées avec les A24 et contenant le même appât que les pièges ont été placés dans la mangrove.

Ainsi, un protocole de lutte a été testé dans une première mangrove de l’île et suite aux conclusions obtenues début 2021 il sera étendu à deux autres mangroves mi-2021.

Les premiers résultats après une année d’étude nous permettent de constater que les 30 pièges A24 installés dans la mangrove test ont eu un pic de déclenchements en début d’étude (octobre 2019) avec une moyenne de 8 déclenchements par jour par piège les deux première semaines, puis ils ont continué à fonctionner après plus d’un an de déploiement avec des déclenchements quotidiens plus faibles, à savoir une moyenne de 2 déclenchements par jour par piège jusqu’en mai 2020 puis moins fréquents de juin à novembre 2020.

Sur la période de forte activité des pièges A24, il y eu une forte consommation des chewcards, puis ces derniers ont globalement été moins consommés, voire plus du tout par la suite. Il semblerait donc que les piègent A24  ait une efficacité non négligeable sur les rats.

D’autre part, des chewcards ont été installés dans une autre mangrove témoin sans déploiement des pièges A24. Le GEPOMAY constate que contrairement à la première mangrove, les indices de consommation des chewcards plafonnent à quasiment 100% de consommation totale dès la deuxième session de contrôle qui a eu lieu en août 2020.

Afin de connaitre l’efficacité réel des A24 sur la densité de rats le GEPOMAY va commencer dès janvier 2021 des sessions de Capture Marquage Recapture (CMR) dans les mangroves de Chiconi-Mangajou et Ironi-Bé. Cela permettra d’affiner les premiers résultats, et peut-être réussir à déterminer un outil permettant d’évaluer directement les densités de rats avec les chewcards.

Contact : Emilien Dautrey (GEPOMAY)

Texte préparé par :  Lorraine Condon & Célia Guigliarelli (Groupe d’étude et de protection des oiseaux de Mayotte)

Références

Rabarisoa, R., Ramanampamonjy, J., Razafindrajao, F., De Roland, L. A. R., Jeanne, F., Bacar, O., … & Bignon, F. (2020). Status Assessment and Population Trends of the Madagascar Pond-Heron (Ardeola idae) from 1993-2016. Waterbirds, 43(1), 45-54.

Etezadifar, F., & Amini H. (2010). Current Status of the Breeding Population of the Western Reef Heron Egretta gularis along the Northern Coasts of the Persian Gulf and Oman Sea, and its Wintering Population in the South of Iran. Podoces, 5(2), 71-80.

Neinavaz, E., Barati, A., Brown, J. L., Etezadifar, F., & Emami, B. (2013). Effects of nest characteristics and black rat Rattus rattus predation on daily survival rates of great egret Ardea alba nests in mangrove forest in the Hara Biosphere Reserve, the Persian Gulf. Wildlife biology, 19(3), 240-247.

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